Revivez le Facebook LIVE sur la reconversion professionnelle avec Fred Jourden !

Dernière modification : 15/01/2018

D’un bureau aux ateliers de mécano ! Fred Jourden n’a pas hésité à quitter son poste de directeur marketing dans le web pour customiser des motos vintage et surtout vivre de sa passion. Sans regret, il roule à présent les mécaniques et nous livre les différentes étapes d’une reconversion professionnelle réussie. Il a répondu à vos questions lors du Facebook LIVE spécial reconversion professionnelle du mercredi 20 septembre.

  • Entamer une reconversion professionnelle peut aussi signifier prendre des risques financièrement, cela a-t-il été votre cas ?

    Une reconversion professionnelle se prépare car, à la base, on n’est pas programmé pour ça, surtout qu’on a un chouette métier et que ce métier nous apporte un revenu. Donc il faut se préparer pour se tourner vers un métier pour lequel on n’est pas forcément légitime à la base. Durant les années précédant ma reconversion professionnelle, j’avais, à la base, commencé par moins consommer et mettre de l’argent de côté avant le moment où j’allais faire cette bascule vers une autre profession sans salaire. Donc bien entendu, sur le plan financier, une reconversion professionnelle se prépare.

  • Comment êtes-vous passé d’une situation de salarié à celle où vous deviez vous-même vous assurer un revenu ?

    De mon côté, le souci financier ne me posait pas problème pour entamer ma reconversion. Je voulais surtout avoir une satisfaction en me levant chaque matin. Entre mon ancien et mon futur métier que j’allais découvrir, je voulais prendre du plaisir. Je savais que j’allais moins gagner. En revanche, je savais que j’allais m’enrichir au niveau des valeurs humaines. Mon choix s’est porté sur cette différence : je ne suis pas obligé de gagner autant d’argent que cela pour mieux vivre. La vraie question est « quelle est la notion de bien vivre ? » Je prends toujours l’exemple des vacances. Avant, quand je travaillais dans le marketing, je partais en vacances 15 jours aux Etats-Unis et cela me coûtait 5 000 euros. Aujourd’hui, j’ai des vacances « classiques », mais ce sont des supers vacances : on prend la route à moto, à travers l’Europe, on prend plus d’outils que de vêtements dans nos sacs, et on dort dans des tentes ou chez l’habitant. C’est enrichissant sur le plan humain. Je pourrais évoquer durant des heures ces vacances que je vis maintenant. Donc, la notion de bien vivre grâce à l’argent est relative. Si cela signifie se faire des vacances à 5 000 euros, alors ne faîtes pas comme moi. En revanche, si c’est pour être bien, être droit dans ses bottes et avoir des milliers d’histoires à raconter, alors faîtes ce que j’ai fait.

  • Comment vous êtes-vous préparé à passer d’un travail de bureau à un atelier ?

    En 2004-2005, j’ai fait un CAP Mécanique mais je n’avais aucune velléité de changer de vie à l’époque. Puis, cela m’a rattrapé quelques années plus tard. Entre-temps, j’avais rencontré Hugo et on avait un endroit où on customisait déjà des motos le soir et le week-end. A force de faire ça pour nous et des amis, puis pour des amis d’amis, on s’est mis à avoir une sorte de clientèle qui nous confiait des motos à transformer. Au moment où on a décidé de monter notre atelier, et d’y mettre une structure juridique, on avait déjà des quelques motos à notre actif et surtout des histoires à raconter. La reconversion ne s’est pas fait du jour au lendemain.

  • Quel a été le déclic dans votre prise de décision ?

    Cette idée a germé en moi en 2009. J’étais parti en Californie et j’avais rencontré des préparateurs motos. Je souhaitais me renseigner sur ce métier, et notamment savoir comment ils faisaient là-bas pour en vivre. Et ils ne m’ont jamais dit comment ils en vivaient ! En revanche, ils m’ont dit « tu veux avoir 50 ans et avoir des regrets ? ». Quand je suis rentré des Etats-Unis, j’ai dit à Hugo « je ne sais pas comment ils en vivent, en revanche, je sais comment ils sont heureux ! ». C’était le point de départ, puis on a fait les premières démarches un an plus tard. Entre-temps, j’étais à mi-temps dans mon emploi de salarié, et j’en profitais pour préparer mon projet. Cela nous a pris huit à dix mois.

  • Entre votre ancien statut de salarié et celui d’aujourd’hui, comment avez-vous vécu le changement de pression ?

    De mon côté, je n’ai jamais eu de pression en tant que salarié car mes patrons me faisaient confiance. Mais j’étais là pour délivrer et j’estime que je bossais bien. En tant qu’entrepreneur, je n’ai aucune pression car on n’a pas de salarié. Si j’en avais eu un ou deux aujourd’hui, j’aurais une pression de chef d’entreprise, mais ce n’est pas le cas. Le seul changement est de travailler pour ma satisfaction personnelle et celle de mon associé. C’est notre fierté à nous de pouvoir se dire « on a bien fait les choses, on a tout donné, dans la limite de nos moyens ».

  • L’épanouissement personnel a-t-il conditionné votre décision finale d’entreprendre une reconversion professionnelle ?

    Moi, je voulais transformer des motos ! L’épanouissement n’a pas guidé ma décision, en revanche, c’est la dernière chose qui m’a aidé à franchir le pas. Quand j’ai pris un an de cours du soir pour préparer mon CAP, j’ai été traversé par un éclair au moment où le professeur est entré dans la classe de mécanique. Là, j’ai su que ma place était là, que j’allais acquérir un savoir-faire que j’avais choisi. Tous les autres, je les avais acquis par défaut, mais là, je m’étais battu pour commencer cette formation. Il y a eu un déclic. Puis, je me suis épanoui quand je transformais les motos le soir ou le week-end. Et je me suis rendu compte d’une chose : mon bonheur était d’avoir du noir sous les ongles. Puis, ma décision finale a été prise quand on m’a dit de ne pas avoir de regrets à 50 ans. Il y a tellement de personnes, aujourd’hui, qui font des burn-out et je ne voulais pas en arriver là. Il fallait absolument que je déraille pour aller vers une autre voie.

  • En entamant votre reconversion professionnelle, vous avez pris votre vie en main ?

    Je ne pense pas qu’avant j’étais comme une tempête me laissant aller parmi les éléments, mais oui, j’ai agrippé un peu plus fort le manche de la vie.

  • Aujourd’hui, votre passion est-elle toujours aussi intacte qu’à vos débuts ?

    S’il n’y a pas de passion, il n’y a rien. Ma passion est toujours intacte. Par exemple, cet après-midi, nous avons redonné vie à une moto qui n’avait pas tourné depuis 15 ans, puis il a fallu aller l’essayer dans la rue. Je m’y suis collé et je me suis mis à chanter à tue-tête dans les rues de Paris, à moto. Et au feu rouge, on m’a interpellé pour savoir si j’allais bien. Oui, je vais bien, je suis seulement heureux ! A 43 ans, je suis heureux comme un enfant qui saute dans les flaques d’eau !

  • Au niveau salaire, gagnez-vous autant qu’avant ?

    Non, mon salaire n’a plus rien avoir avec ce que je gagnais avant. Mais on a la vie avec le salaire qu’on a. Donc, je ne fais plus les mêmes dépenses qu’avant, je ne consomme plus comme avant. Mais, je n’ai plus les mêmes besoins et donc je n’ai plus les mêmes ressources. Je ne suis pas à plaindre du tout. Donc, pour moi, cette reconversion professionnelle, avec un salaire plus bas, n’était pas un risque, mais juste un besoin. Dans le mot risque, il y a une connotation dangereuse que je ne partage pas. Je n’ai jamais eu les mains moites en donnant ma lettre de démission ou en signant la création de mon activité. Aujourd’hui, je suis tout simplement heureux. Je vaux ce que je fais ! Et tout le monde ne peut pas dire ça. Donc j’ai de la chance ! J’ai l’impression de vivre comme les ouvriers des années 50 car je fabrique des choses de mes mains. Dans notre activité, on ne dépend de personne. On ne doit notre réussite mécanique qu’à nous-mêmes ! Avant, j’étais dépendant de plein de gens.

  • Au moment où vous avez lancé votre activité, avez-vous pu profiter de certaines aides de l’Etat ?

    Je sais que des aides de l’Etat existaient. En revanche, par procrastination et phobie de l’administratif, nous n’avons rempli aucun dossier. On ne s’était pas renseigné directement mais certains, autour de nous, avaient évoqué ces aides. Mon associé et moi n’avions pas besoin de cet argent au moment du lancement  car nous achetions déjà nos outils et machines depuis cinq ans.

  • Avez-vous sollicité une banque, il y a sept ans, pour vous accompagner dans votre projet ?

    Non, on n’a strictement rien demandé. Je ne sais pas si une banque pouvait nous faire confiance à l’époque car nous nous lancions dans un secteur qui n’existait pas. A part au Danemark, il n’existait pas d’autres ateliers, en Europe, de customisation de motos. Donc, il n’y avait aucun modèle économique et je suis incapable de dire si une banque pouvait ou non nous suivre à l’époque. A notre banque, au moment d’ouvrir un compte pour notre SARL, on a juste indiqué qu’on allait fabriquer des motos sur-mesure mais on n’a rien dit de plus car, au final, on ne savait pas ce qu’on allait faire.

  • Au niveau administratif, était-ce compliqué de monter votre projet ?

    Cela a été compliqué au niveau administratif et c’est toujours le cas aujourd’hui. Notre métier est à plein temps. Heureusement que des banques se dématérialisent aujourd’hui, ce qui nous permet de poser nos questions le soir et d’avoir une réponse le lendemain. Si on avait lancé notre activité dans les années 80, on aurait été obligé de prendre une secrétaire.

  • Et les salariés ? Est-ce une volonté de votre part de ne pas en avoir sept ans après la création de Blitz ?

    Oui, on n’a pas envie d’embaucher de salariés. Dans le passé, j’ai dirigé de nombreuses personnes et je n’ai tout simplement pas envie d’être le « maître d’école » aujourd’hui. Quand tu n’es que le salarié d’une entreprise, tu crois que ton niveau de motivation est au maximum. Mais en réalité, ce n’est pas le cas. Quand j’étais salarié, moi-même, je pensais être au maximum de ma motivation, mais en réalité, non. Je n’ai jamais autant été motivé que depuis sept ans. Avec Hugo, on a une façon de faire et un équilibre. Avoir des salariés viendrait tout déséquilibrer.

  • En quoi vos compétences en marketing vous sont-elles utiles quand vous customiser des motos ?

    Le marketing, c’est d’abord du bon sens. Nous avons une approche différente de l’artisan qui subit son métier. Lui n’a connu que ça car on lui a dit qu’il n’était pas bon à l’école. De notre côté, on n’a pas vécu ça, on l’a choisi. Et à 30 ans, j’avais déjà eu le temps d’être formé à d’autres choses avant ma reconversion. Mon œil s’était aguerri à de nombreux domaines qui n’avaient rien à voir avec la mécanique, comme la photographie, l’art plastique, l’art contemporain, le cinéma, la bande dessinée… On n’est jamais que l’accumulation des expériences vécues. Et Blitz, notre atelier, c’est exactement ça, c’est un exemple d’expériences vécues, par mon associé et moi, avant de mettre les mains dans un moteur. Certains cyniques appellent cela du marketing, moi, je préfère parler d’authenticité sur ce que l’on est. Et dans cette authenticité, il y a une façon d’imaginer un site internet, une manière de s’exprimer, un choix de langage qui, de notre côté, est l’anglais car 80% des personnes, qui nous suivent, ne sont pas francophones.

  • Se reconvertir, c’est aussi être en accord avec soi-même ?

    Cela ne sert à rien d’entamer une reconversion professionnelle si on n’est pas en accord avec soi-même. La reconversion n’est qu’une conséquence positive d’une quête de sens qu’on pensait avoir perdue. Comme beaucoup, avant, j’ai parfois traîné les pieds pour aller au travail. Et c’était le début des questions : « est-ce que ça me plaît vraiment de faire ce que je fais ? ».

  • Avez-vous des bonnes ou mauvaises surprises depuis sept ans ?

    On n’a pas vraiment eu de mauvaises surprises. En revanche, on en a constamment des bonnes. On est comme des enfants devant le père Noël !

  • Que seriez-vous devenu si vous n’aviez pas entamé votre reconversion professionnelle ?

    Si je ne l’avais pas fait, j’aurais été un sacré « c.. » de cynique ! J’aurais gagné plein de pognon et emmerdé la terre entière ! C’était la voie que j’allais prendre donc je suis content de ne pas être devenu cette personne-là.

  • Sept ans après la création de votre société, votre concept a-t-il changé ?

    Concernant notre travail sur les motos, on n’a pas changé d’un iota. Concernant nos collaborations, rien n’a évolué non plus. On ne travaille qu’avec des personnes et des marques qui ont la même philosophie que nous, à savoir de la qualité, de la durabilité et de l’humain. Et on évite de faire appel à des services à l’autre bout du monde pour gagner 30% de marge.

  • Y-a-t-il une chose que vous ne referiez pas ?

    Non. J’assume totalement mon parcours. Tout ce qu’on a fait, on l’a voulu et on fait en sorte d’en être fier.

  • Se reconvertir n’est pas forcément simple, avez-vous été traversé par le doute ?

    Le doute est tout à faire normal. Avant de prendre définitivement notre décision il y a sept ans, on avait déjà pris cinq ans d’élan, les soirs et week-ends. On savait donc qu’on allait avoir des clients qui allaient prendre le pari fou de nous confier leur moto sans savoir ce que ça allait donner. Il n’empêche, le doute fait partie intégrante de l’être humain.