Travailleurs handicapés,
l’art de convaincre les recruteurs

Dernière modification : 15/01/2018

Vous êtes travailleur handicapé et répondez à un entretien d’embauche. Comment évoquer votre handicap ? A quel moment l'annoncer ? Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fnath (Association des accidentés de la vie) et Lahila Mehadjri, assistante, souffrant d'un handicap invisible dû à une grave maladie auto-immune, livrent leurs conseils.

2,6 millions

Le nombre de personnes qui ont une reconnaissance administrative de leur handicap (RQTH) en 2015, soit 6 % de la population d'âge actif
Source : Agefiph, Tableau de bord Emploi et chômage des personnes handicapées, bilan janv/sept. 2016

12 millions

Le nombre de personnes touchées par un handicap sur l'ensemble des 66 millions de Français
Source : Talentéo, chiffres-clés du handicap 2015

80%

Le pourcentage de personnes handicapées qui souffrent d'un handicap invisible
Source : Talentéo, chiffres-clés du handicap 2015

L'essentiel

  • Il n'est pas obligatoire d'évoquer son handicap dans son CV
  • Si le handicap n'est pas visible, il est quand même recommandé d'avertir son employeur
  • S'entraîner à passer des entretiens et à annoncer son handicap est un vrai plus
  • Préparer une documentation sur les aides à l'emploi peut être un levier supplémentaire pour le recruteur
  • Faut-il évoquer son handicap sur un CV ?

    Arnaud de Broca

    Les avis divergent sur ce point. Personnellement, je pense qu'il n'est pas nécessaire d'indiquer sur son CV que l'on est un travailleur handicapé. Sauf si l'on s'adresse à une entreprise qui revendique sa politique d'accueil des travailleurs handicapés. De toute manière, il vaut mieux être d'abord jugé sur ses compétences.

    Lahila Mehadjri

    J'ai fait deux CV. Sur l'un, je n'ai rien mis. Sur l'autre, j'ai précisé « RQTH », Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé. Quand je travaille en intérim, ce statut intéresse les grandes entreprises car elles peuvent ainsi remplir leurs quotas de travailleurs handicapés, sans pour autant embaucher : c'est donc un atout pour moi. La plupart du temps, les petites entreprises ne connaissent pas cet acronyme.

  • Faut-il en évoquer son handicap pendant l'entretien, et si oui, à quel moment ?

    Lahila Mehadjri

    Mon handicap n'est pas visible, mais je le dis tout de suite, pour évacuer le sujet et passer à mes compétences. En revanche, pendant près d'un an, j'ai eu besoin d'une bouteille d'oxygène : ça posait le débat immédiatement ! J'ai vu des recruteurs se décomposer en me voyant arriver, mais j'ai toujours su désamorcer le malaise avec humour. Par exemple, je leur disais : « c'était comme pour d'autres le bâton de rouge à lèvres : quand je n'en ai plus, je m'en remets ! » Bien sûr, il faut les rassurer sur mes besoins au quotidien par rapport à ma maladie, mais très vite, on peut enchaîner sur un entretien normal.

    Arnaud de Broca

    Si le handicap est visible, je préconise de prévenir le recruteur avant l'entretien. Cela lui permettra de se préparer, d'éviter un éventuel malaise, et d'anticiper l'entretien en prévoyant par exemple qu'il se tienne au rez-de-chaussée plutôt qu'à l'étage, si les bureaux ne sont pas (encore) accessibles.

  • Et si le handicap n'est pas visible ?

    Arnaud de Broca

    Dans ce cas, je pense qu'il faut aborder l'entretien normalement, parler de ses compétences, de ses atouts, etc., puis ensuite informer le recruteur de son handicap. Légalement, la personne en situation de handicap a le droit de passer ce point sous silence. Mais je suis convaincue qu'une bonne relation professionnelle ne peut s'établir que sur une certaine honnêteté. Si l'employeur l'apprend fortuitement, il risque de très mal le prendre. Surtout qu'il a des obligations liées à la médecine du travail, aux aménagements de poste, ou vis-à-vis de ses autres salariés.

  • Comment bien se préparer à un entretien où l'on va évoquer son handicap ?

    Arnaud de Broca

    Comme pour tout entretien, il faut apprendre à mettre en valeur ses compétences et son expérience, et il faut se renseigner sur l'entreprise où l'on postule… Mais aussi voir si le poste sera bien adapté à son handicap. Quant à l'annonce même du handicap, je pense qu'il est utile de s'entraîner avec des amis, ou avec une association de personnes handicapées qui pourra aider à trouver le ton juste pour le dire, les bons termes pour l'expliquer, et les arguments pour convaincre.

    Lahila Mehadjri

    Bien sûr, je sélectionne les postes qui ne nécessitent pas de rester debout longtemps ou de porter des choses lourdes. Par ailleurs, les recruteurs ne sont pas que des philanthropes, alors j'apporte des livrets fournis par le Pôle Emploi sur les aides à l'embauche de personnes handicapées : ils sont toujours contents de se dire qu'ils vont gagner un peu d'argent ! Et puis je prépare mes ripostes contre les idées reçues. Par exemple, les recruteurs sont toujours convaincus qu'on va être plus absents que les autres. Alors que les statistiques prouvent le contraire, car nous voulons démontrer à tout prix que tout va bien et que l'entreprise a eu raison de nous embaucher. De toute façon, je vis avec la maladie. Alors, malade pour malade, autant aller travailler : moi, je ne m'arrête pas pour un rhume.

    Les avis divergent, mais personnellement, je pense qu'il n'est pas nécessaire d'indiquer sur son CV que l'on est handicapé. Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fnath (Association des accidentés de la vie)