A la découverte de Crésus, en lutte contre le surendettement

Dernière modification : 19/02/2018

Implantée dans toute la France, l'association Crésus lutte contre le surendettement et s'engage dans la prévention et la détection des ménages en difficulté. Rencontre avec son président Jean-Louis Kiehl.

  • Présentez-nous Crésus ?

    Crésus est une vieille association créée il y a 27 ans à Strasbourg. A la base, cette association ne devait durer que deux ans et avait pour vocation d’accompagner les ménages en difficulté financière. A l’époque, nous accompagnions avant tout les ménages qui travaillaient en Allemagne et en Suisse. Quand il y a une crise financière dans ces pays, les premiers licenciés sont les travailleurs frontaliers. Ensuite, au bout de deux ans, on a décidé de maintenir l’association car on a vu des ménages arriver avec d’autres difficultés qui tenaient parfois à des divorces, à des problèmes familiaux. Aujourd’hui, on est encore là.

  • Pourquoi l’association Crésus est aujourd’hui implantée dans toute la France ?

    Cresus s’appelait à l’époque SOS Surendettement. Ce nom n’était pas « très sexy » et les gens avaient peur de nous solliciter. En 2000, on a donc baptisé l’association Chambre Régionale du Surendettement Sociale. En 2003, Jean-Louis Borloo nous a conseillé d’étendre cette association sur toute la France. Aujourd’hui, nous avons constitué un réseau de 113 points d’accueils avec 600 bénévoles. En tout, nous accueillons 130 000 ménages par an.

  • En 27 ans, le profil des ménages, en grande difficulté, a-t-il évolué ?

    Au fil du temps, les difficultés financières ont évolué. On a aujourd’hui des séniors, qu’on ne connaissait pas auparavant. Ils sont en difficulté. Il y a une évolution sociologique du surendettement. Les classes moyennes commencent à être frappées. Cela ne concerne pas uniquement la pauvreté, car, lorsqu’on est pauvre, on peut, à la rigueur, obtenir un effacement des dettes. Cette évolution, Cresus l’accompagne depuis plusieurs années.

  • Pourquoi Cresus intervient également dans les écoles ?

    Le crédit et le budget ne sont pas enseignés dans les écoles. Or, nos jeunes concitoyens, aujourd’hui en classe, auront recours à des financements qui leur permettront de s’épanouir dans la vie, d’acheter une voiture, de construire une maison ou de s’équiper. On a donc décidé de créer Dilemme un jeu d’éducation financière et budgétaire. On a à présent 900 ambassadeurs en France et on a formé, en l’espace de trois ans, 400 000 jeunes. Notre but est de former 1 200 000 jeunes chaque année. Il s’agit des lycéens, collégiens mais aussi adultes car les travailleurs sociaux l’utilisent, tout comme les futurs banquiers. Ce jeu permet aux futurs banquiers d’apprendre la pédagogie et d’expliquer les produits aux clients, et non pas « jargonner » comme c’est souvent le cas.

  • Déposer un dossier de surendettement, est-ce la fin des problèmes ?

    Au contraire, c’est là que commencent les problèmes. Il faut avoir beaucoup d’empathie avec une personne surendettée. Il ne faut pas aller dans le sens de la personne, il faut être ni avocat ni procureur. Le parcours du surendettement, pendant les 7 années où le plan se met en place, est une souffrance pour les gens, il faut serrer les vis. Mais cela permet d’arriver à un nouvel équilibre, d’avoir une seconde chance. Le plan de surendettement est un drame pour les ménages, pour les créanciers, mais c’est aussi une chance pour se reconstruire. Cela oblige les ménages concernés à se reprendre en main, à trouver d’autres joies qui ne sont pas que dans les dépenses. Heureusement que ces procédures existent en France, mais il ne faut le souhaiter à personne. Il faut donc l’éviter, d’où le travail de Crésus de s’engager dans la prévention et dans la détection.