Le taux d'épargne : baromètre économique de la France

24 Août 2011

Le taux d'épargne, le bas de laine des Français, est un bon indicateur de la situation économique du pays. En effet, lorsque la France traverse une crise suffisamment forte et durable pour avoir des répercussions sur les ménages, ceux-ci jouent la carte de la prévoyance en réduisant leurs dépenses pour mettre davantage d'argent de côté. Ils consacrent ainsi une part plus importante de leurs revenus à la constitution d'une épargne de précaution, en vue de faire face à une éventuelle dégradation supplémentaire de leurs conditions de vie.

Le taux d'épargne en France

Actuellement, le taux d'épargne moyen des Français tourne aux alentours de 16 à 17%, ce qui signifie que sur 100 euros gagnés, seuls 84 euros vont être réellement consommés, le reste rejoignant une réserve plus ou moins liquide destinée à garantir une certaine sécurité financière.
Pour autant, ce taux d'épargne est relativement fluctuant et il reste très sensible à un grand nombre de facteurs humains, économiques, stratégiques, écologiques même, que ce soit au niveau national ou international.

Ainsi, la situation actuelle s'inscrit dans une période dite de crise qui dure depuis 2008, date de l'effondrement d'un grand nombre de valeurs financières internationales, notamment la fameuse "crise des subprimes" née aux États-Unis avant de se propager au monde entier par le jeu des investissements croisés. Conséquence de la récession, le taux d'épargne a significativement augmenté pour s'établir aujourd'hui à un niveau supérieur à celui qui prévalait avant la crise. Et compte tenu d'un contexte économique toujours incertain, on prévoit que les ménages conserveront ce niveau de taux d'épargne jusqu'à la fin de l'année 2011 au moins.

Vers une baisse du taux d'épargne français ?

Deux éléments pourraient cependant venir bouleverser ce scénario et amener une diminution plus ou moins sensible du taux d'épargne.

  • Tout d'abord, l'amélioration progressive de la situation du marché du travail pourrait se traduire par une baisse de l'épargne de précaution des ménages. En effet, même si elle reste très fragile, l'amélioration de l'emploi démarrée dès les premiers mois de 2010 a surpris les spécialistes par sa précocité et son volume plus important que prévu. Qu'il s'agisse d'un effet d'habitude face à des crises qui se succèdent depuis 40 ans, ou bien d'une meilleure préparation du pays aux conséquences de la crise actuelle, cette embellie marque un certain dynamisme de l'économie qui semble vouloir se poursuivre.
  • Un autre facteur, plus négatif celui-ci, pourrait également obliger les Français à piocher dans leurs réserves, et surtout réduire leur taux d'épargne possible. La hausse récente du prix des matières premières continue en effet à peser lourdement sur les prix à la consommation, plus particulièrement sur les produits alimentaires qui devraient poursuivre leur hausse jusqu'en décembre 2011 (on attend ainsi 2.3 à 2.5 % d'augmentation sur les dépenses d'alimentation d'ici la fin de l'année). Avec des revenus qui n'évoluent pas et des dépenses tirées vers le haut, les Français sont actuellement tiraillés entre la nécessité de réduire leur consommation (ce qui ne semble pas être la tendance actuelle) et l'obligation de consacrer une part plus importante de leurs revenus à leurs achats, réduisant du même coup leur capacité à épargner.

Un taux d'épargne différent selon les pays européens

De leur côté, les établissements financiers tentent de retrouver la confiance des ménages en multipliant les incitations à l'épargne, malgré un contexte qui ne s'y prête pas toujours. Plusieurs produits phares, réputés comme étant les préférés des Français, sont ainsi mis en avant. L'assurance vie, par exemple, ou encore le livret A, sont très prisés par les épargnants et préservent un niveau relativement élevé du taux d'épargne en France, surtout quand on le compare aux autres pays européens notamment. En effet, avec un taux d'épargne moyen se situant aux alentours de 12% pour l'Union Européenne, on note que l'Allemagne est le pays où le taux d'épargne est le plus important avec 17,2% suivi par la France avec son taux d'épargne à 16,8%. À l'autre bout de l'échelle, on trouve des pays comme le Royaume Uni où le taux d'épargne est très bas, aux alentours de 5%. Cette différence s'explique par le fait que les ménages anglais recourent presque toujours aux crédits à la consommation pour leurs dépenses, au contraire des ménages français qui épargnent avant d'acheter.

L'épargne n'est donc pas un réflexe systématique suivant les cultures. Mais cette particularité française risque bien de ne plus durer très longtemps puisque Bercy, pressé par l'Union Européenne qui exige une baisse du déficit public, devrait mettre en place un certain nombre de mesures fiscales incitant les Français à consommer davantage et réduire leur taux d'épargne. Car pour l'instant, devant l'endettement de l'État qui ne cesse de s'amplifier (la France sort d'une phase de forte stimulation par la dépense publique), les contribuables préfèrent mettre de l'argent de côté en prévision du jour où -- ils en sont sûrs ! -- les impôts seront augmentés et les services publics réduits.

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